Vue aérienne d'un parking d'entreprise moderne avec des véhicules partagés électriques et des bornes de recharge, symbolisant la mobilité durable en entreprise.
mei 14, 2025

La fiscalité de la mobilité partagée repose sur une distinction stricte entre le “véhicule outil” et l’avantage en nature, déterminant le risque de redressement.

  • Le crédit mobilité offre une souplesse fiscale supérieure à la voiture de fonction, à condition de blinder la renonciation contractuelle.
  • La récupération de TVA sur l’autopartage exige une vigilance sur la carte grise (VU vs VP) et la nature de la prestation de service.

Recommandation : Auditez immédiatement vos cumuls “FMD + Notes de frais” pour éliminer les doublons qui constituent la première cause de redressement URSSAF sur ce poste.

La transition du “tout voiture de fonction” vers des solutions de mobilité partagée n’est plus une simple tendance RSE, c’est une nécessité comptable face à l’alourdissement de la fiscalité sur les flottes. Pour le comptable ou le DAF, la gestion de ces nouveaux flux financiers pose cependant un défi majeur : comment intégrer des dépenses fragmentées (abonnements, trajets à l’unité, forfaits) dans une comptabilité rigoureuse ?

Les solutions classiques consistant à traiter ces frais en “charges diverses” ou à les noyer dans les notes de frais exposent l’entreprise à des risques significatifs. Entre la confusion fréquente sur la déductibilité de la TVA pour les véhicules de tourisme partagés et la gestion périlleuse des justificatifs pour l’URSSAF, la ligne de crête est étroite. De plus, l’émergence de concepts comme le crédit mobilité vient bousculer les habitudes de paie.

Mais si la véritable clé de l’optimisation n’était pas de chercher à tout déduire, mais de requalifier la nature même du déplacement ? Plutôt que de subir la fiscalité punitive du véhicule individuel, l’expert-comptable doit aujourd’hui orchestrer le passage vers une “mobilité de service”. Ce guide technique vous détaille les mécanismes pour sécuriser cette transition fiscale.

Nous analyserons successivement le traitement du crédit mobilité, les subtilités de la TVA, la mise en place du Forfait Mobilités Durables (FMD), avant d’aborder la gestion des risques et l’audit des coûts.

Pour naviguer efficacement dans ces dispositifs techniques, voici la structure détaillée de notre analyse.

Pourquoi le crédit mobilité utilisé pour l’autopartage est-il moins taxé que la voiture de fonction ?

Le crédit mobilité représente une alternative fiscale majeure face à l’inertie du véhicule de fonction statutaire. Contrairement à l’attribution d’un véhicule qui génère un avantage en nature (AEN) lourdement taxé et une Taxe sur les Véhicules de Société (TVS/Taxe CO2) pour l’entreprise, le crédit mobilité permet de transformer des coûts fixes en coûts variables, souvent traités comme du salaire mais exempts des taxes liées à la détention de flotte.

L’attrait pour ce dispositif est réel : plus de la moitié des entreprises interrogées adopteraient le crédit mobilité si sa fiscalité était totalement alignée, selon une enquête de l’Ilec. Le tableau ci-dessous met en exergue les différences structurelles entre ces deux régimes.

Cette analyse comparative met en lumière l’impact direct sur les cotisations sociales et la fiscalité écologique.

Comparatif fiscal : Crédit mobilité vs Voiture de fonction
Critère Voiture de fonction Crédit mobilité
Assiette des cotisations sociales Avantage en Nature (AEN) évalué à 30-40 % de la valeur du leasing 100 % du montant versé (traité comme du salaire)
Exemple : leasing 6 000 €/an Cotisations sur ~2 400 € (soit ~1 200 €/an pour le salarié) Cotisations sur 6 000 € (charge totale bien supérieure)
TVS / Taxe CO2 Due par l’entreprise selon les émissions du véhicule Aucune taxe sur les véhicules (suppression de la flotte)
Cadre juridique dédié Arrêté du 10 décembre 2002 (AEN) Pas de régime fiscal et social spécifique (risque de redressement)
Avenant au contrat Non nécessaire (élément de rémunération existant) Indispensable pour formaliser la renonciation au véhicule

La balance penche souvent pour le crédit mobilité lorsque l’usage du véhicule est faible, car l’économie de TVS et de gestion de flotte compense le surcoût de charges sociales sur la partie “salaire”. Pour l’expert-comptable, l’enjeu est de calculer le point de bascule précis pour chaque collaborateur.

Ce schéma illustre visuellement l’arbitrage financier qui s’opère entre la possession et l’usage.

Balance symbolique comparant une clé de voiture de fonction et un éventail de titres de mobilité, illustrant le choix fiscal entre les deux dispositifs.

Comme vous le constatez, le poids fiscal de la clé de voiture (à gauche) est souvent sous-estimé par rapport à la flexibilité des titres de mobilité.

Comment récupérer la TVA sur les factures d’autopartage professionnel alors que c’est impossible sur les taxis ?

La récupération de la TVA sur les frais de déplacement est un terrain miné. Le principe général d’exclusion du droit à déduction pour le transport de personnes s’applique souvent par défaut. Cependant, l’autopartage offre une fenêtre de tir fiscale spécifique si l’on distingue bien la “prestation de mise à disposition” de la simple location de voiture de tourisme.

La règle d’or réside dans la catégorie du véhicule. En effet, 100 % de la TVA est récupérable sur les véhicules utilitaires, une opportunité souvent manquée dans les contrats d’autopartage d’entreprise qui mélangent les flottes.

Plan de vérification de la TVA : Véhicules partagés

  1. Vérification Carte Grise : Contrôlez systématiquement le champ J1 sur les factures ou contrats. Si la mention est “VP”, la TVA est perdue. Si “CTTE” ou “VU” apparaît, la déduction est totale.
  2. Ventilation Électrique : Pour les VP électriques en autopartage, isolez la TVA sur l’électricité consommée. Depuis 2022, elle est déductible à 100%, même pour les véhicules de tourisme.
  3. Analyse Contractuelle : Examinez si le contrat est facturé comme une “prestation de gestion de mobilité” globale (service) ou comme une location sèche. La qualification de service peut parfois ouvrir des droits à déduction partiels.

L’erreur classique est de traiter une facture d’autopartage “en bloc”. Une analyse ligne par ligne permet souvent de récupérer la TVA sur les frais annexes (réservation, assurance distincte) ou sur l’énergie, même si le véhicule lui-même est exclu. C’est ici que la rigueur comptable transforme une charge nette en économie brute.

Comment mettre en place le FMD pour financer le covoiturage des salariés sans charges sociales ?

Le Forfait Mobilités Durables (FMD) est l’outil fiscal le plus puissant pour inciter au covoiturage, car il est exonéré de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu jusqu’à un certain plafond. Pourtant, son déploiement reste timide : 29 % des employeurs privés seulement l’ont déployé selon le Baromètre FMD 2024, souvent par peur de la complexité administrative.

Pour sécuriser cette exonération, l’entreprise doit prouver la réalité des trajets. Le versement ne peut être une prime “aveugle”. Il doit correspondre à une pratique effective du covoiturage. L’URSSAF sera intraitable sur la traçabilité des fonds versés.

Feuille de route : Déploiement sécurisé du FMD

  1. Cadre Juridique : Formalisez le FMD par accord d’entreprise ou décision unilatérale (DUE) après consultation du CSE, en listant les modes éligibles (covoiturage inclus).
  2. Calibrage du Plafond : Fixez le montant (max 600€/an seul, ou 900€/an si cumulé avec l’abonnement transport en commun) pour maximiser l’effet levier sans dépasser l’exonération.
  3. Exigence de Preuve : Imposez l’usage de plateformes connectées au Registre de Preuve de Covoiturage (RPC) pour obtenir des attestations certifiées infalsifiables.
  4. Cloisonnement : Interdisez formellement le cumul “FMD + Note de frais kilométrique” pour le même trajet dans votre règlement intérieur.

L’utilisation du Registre de Preuve de Covoiturage (RPC) est la meilleure assurance contre un redressement. Elle transforme une déclaration sur l’honneur, toujours suspecte aux yeux d’un contrôleur, en une donnée certifiée par un tiers de confiance.

L’erreur de rembourser des frais de covoiturage sans justificatif qui entraîne un redressement URSSAF

Le remboursement de frais de covoiturage sur simple déclaration ou “au forfait” sans entrer dans le cadre strict du FMD est une voie royale vers le redressement. Aux yeux de l’administration, toute somme versée au salarié sans justificatif probant est présumée être un complément de rémunération, donc soumise à cotisations.

C’est une réalité statistique brutale : l’absence de justificatif est le premier motif de redressement fiscal sur les notes de frais. Dans le cadre du covoiturage, le risque est accru par l’informalité de la pratique (paiement en main propre, applications grand public).

L’image ci-dessous illustre la rigueur documentaire nécessaire pour survivre à un audit.

Gros plan macro sur un classeur de justificatifs comptables avec des onglets colorés, symbolisant la rigueur documentaire nécessaire pour éviter un redressement URSSAF.

Chaque onglet de ce classeur représente une preuve potentielle. Pour le covoiturage, une simple capture d’écran d’application ne suffit pas toujours ; il faut une attestation fiscale générée par la plateforme.

Il est crucial de distinguer les deux régimes de remboursement pour ne pas commettre d’impair.

Distinction fiscale : Trajet domicile-travail (FMD) vs Mission professionnelle (Note de frais)
Critère Trajet domicile-travail (covoiturage quotidien) Mission professionnelle ponctuelle
Cadre applicable Forfait Mobilités Durables (FMD) Note de frais au réel
Nature du remboursement Allocation forfaitaire annuelle Remboursement sur justificatif (facture, billet)
Plafond d’exonération (2025) 600 €/an (FMD seul) ou 900 €/an (cumul avec transports en commun) Pas de plafond si les frais sont réels et justifiés
Justificatif requis Attestation sur l’honneur ou attestation RPC certifiée Facture originale, billet, reçu de la plateforme
Risque en cas de confusion Requalification en salaire déguisé + rappel de cotisations sur l’ensemble des sommes versées Redressement si absence de justificatif ou dépassement du barème kilométrique

Quel mix “Transport en commun + Autopartage” offre le meilleur ratio coût/déduction fiscale ?

L’optimisation fiscale moderne ne repose plus sur un mode unique, mais sur la combinaison multimodale. Le mix “Train + Autopartage à destination” (ou “Transport en commun + véhicule partagé”) devient fiscalement redoutable face à la voiture de fonction utilisée pour de longs trajets, surtout avec l’explosion des coûts de cette dernière.

En effet, les prévisions sont alarmantes : le coût chargé d’un véhicule de fonction pourrait passer à environ 10 000 € par an en 2025 pour l’entreprise, rendant l’option de la possession de moins en moins défendable sur le plan purement comptable.

L’autopartage B2B, lorsqu’il est utilisé en complément du train, permet de déduire intégralement les frais de transport (billets) et de passer les coûts de location en charges externes, sans alourdir le bilan avec des immobilisations ou des engagements de LLD longue durée. C’est une variabilisation parfaite des coûts.

Comparatif fiscal : Abonnement autopartage B2B vs Véhicule en LLD vs Véhicule acheté
Critère fiscal Abonnement autopartage B2B Véhicule en LLD (VP) Véhicule acheté (VP)
Déductibilité IS Charge d’exploitation déductible immédiatement à 100 % Loyers déductibles mais plafonnés selon émissions CO2 du véhicule Amortissement plafonné (18 300 € pour VP thermique, 30 000 € pour électrique)
TVA récupérable Oui si véhicule utilitaire (VU/CTTE) ; Non si VP Non sur les loyers VP ; Oui sur VU Non sur l’achat VP ; Oui sur VU
TVS / Taxe annuelle CO2 Aucune (pas de véhicule au nom de l’entreprise) Due selon les émissions du véhicule Due selon les émissions du véhicule
Billets de train (complément) Déductibles à 100 % en charge + TVA récupérable à 10 % Non applicable Non applicable

Comment mettre en place l’autopartage en entreprise sans créer de conflits entre salariés ?

L’aspect fiscal ne doit pas masquer la dimension humaine. Passer d’un véhicule attribué (symbole de statut) à un véhicule partagé est souvent vécu comme une perte. Pour l’expert-comptable, le risque est de voir le dispositif rejeté ou contourné, annulant les gains fiscaux par une baisse de productivité ou un climat social dégradé.

La clé réside dans la transparence des règles d’attribution et la garantie de mobilité. Il faut remplacer la “possession” par une “assurance de disponibilité”.

Protocole d’organisation : Autopartage sans friction

  1. Algorithme de Priorité : Paramétrez l’outil de réservation pour donner la priorité aux fonctions terrain (commerciaux) sur les créneaux critiques, afin d’éviter la frustration des “premiers arrivés, premiers servis”.
  2. Responsabilisation Visuelle : Imposez un Check-in / Check-out photo via l’application. C’est le seul moyen d’éviter les conflits sur l’état du véhicule (rayures, propreté) entre collègues.
  3. Filet de Sécurité : Intégrez une garantie contractuelle “Taxi/VTC” en cas d’indisponibilité de véhicule. Cette clause lève le frein psychologique de la peur de la panne de mobilité.
  4. Renonciation Formelle : Signez systématiquement un avenant au contrat de travail pour acter la fin du véhicule de fonction, protégeant l’entreprise contre toute réclamation ultérieure.

Scénario de transition : Le modèle “Alice”

Worklife décrit le cas d’une salariée, Alice, dont le véhicule de fonction coûte 9 000 €/an. En passant à l’autopartage, l’entreprise lui propose une “cagnotte mobilité” équivalente ou partielle. Si Alice opte pour l’autopartage ponctuel, le solde non consommé de son budget virtuel peut être reversé en fin d’année. Attention toutefois : ce reversement est alors soumis à charges et impôts comme un salaire classique, perdant l’avantage fiscal du “coût d’outil”.

Une fois les règles établies, un suivi rigoureux est nécessaire. C’est l’objet de l'audit des coûts de mobilité.

Comment auditer vos coûts de mobilité pour identifier 10% d’économies immédiates ?

La mobilité est souvent une “zone grise” comptable. Entre les IK, les locations courte durée, les leasings et les VTC, les doublons sont fréquents. Un audit ciblé permet souvent de dégager des économies substantielles sans réduire le service aux collaborateurs, simplement en assainissant les pratiques.

L’argument écologique rejoint ici l’argument économique : puisque 30 % des émissions de CO2 en France proviennent de l’automobile, optimiser la flotte réduit simultanément l’empreinte carbone et les charges fiscales (TVS, amortissements non déductibles).

Checklist d’audit : Chasse aux coûts cachés

  1. Détection des Doublons : Croisez les fichiers de paie (versement FMD) et la comptabilité (notes de frais). Tout salarié cumulant les deux pour un même trajet met l’entreprise en risque de redressement immédiat.
  2. Repérage des “Ventouses” : Identifiez via la télématique les véhicules de fonction roulant moins de 5 000 km/an. Leurs coûts fixes (assurance, loyer) sont disproportionnés ; ils doivent basculer en autopartage ou crédit mobilité.
  3. Calcul du Seuil de Bascule : Déterminez le kilométrage exact où le remboursement d’IK (surtout avec la majoration de 20% pour les véhicules électriques) devient plus coûteux que la mise à disposition d’un véhicule de pool.

L’audit financier doit s’étendre à la gestion des risques physiques, notamment pour les nouveaux engins de déplacement personnel.

À retenir :

  • Le crédit mobilité transforme des charges fixes de flotte en coûts variables, souvent moins taxés si l’usage est modéré.
  • La TVA sur l’autopartage n’est récupérable que pour les véhicules utilitaires (VU/CTTE) ou sur la part électrique des VP.
  • L’absence de justificatif RPC pour le covoiturage expose l’entreprise à une requalification massive en salaire chargé.

Comment sécuriser l’usage des trottinettes et vélos partagés par vos collaborateurs ?

L’intégration des “Engins de Déplacement Personnel Motorisés” (EDPM) comme les trottinettes ou vélos électriques dans le plan de mobilité ne s’improvise pas. Au-delà de l’aspect fiscal (éligibilité au FMD), l’employeur porte une responsabilité morale et juridique sur la sécurité de ses équipes. Financer un trajet, c’est en assumer en partie le risque.

L’illustration suivante rappelle que la sécurité est indissociable de la mise à disposition de ces équipements.

Rangée de casques de protection colorés alignés sur un support métallique dans un local vélo d'entreprise, illustrant les mesures de sécurité pour la micro-mobilité.

Fournir des casques et des gilets n’est pas une option, c’est une mesure de prévention qui peut peser lourd en cas d’accident de trajet pour démontrer que l’employeur a rempli son obligation de sécurité.

Lancez dès aujourd’hui l’audit de vos contrats de mobilité pour transformer vos coûts de flotte en leviers de performance fiscale et sociale.

Questions fréquentes sur la fiscalité du covoiturage et de l’autopartage

Les trottinettes et EDPM des salariés sont-ils éligibles au Forfait Mobilités Durables ?

Oui. Depuis le 1er janvier 2022, les engins de déplacement personnel motorisés (trottinettes, monoroues, gyropodes, hoverboard) sont éligibles au FMD, qu’ils soient en location, en libre-service ou propriété du salarié, à condition que le moteur ou l’assistance soit non thermique.

L’employeur est-il responsable en cas d’accident de trottinette sur un trajet domicile-travail financé par l’entreprise ?

L’employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés. Si l’entreprise finance l’usage de NVEI via le FMD sans intégrer ces risques au Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) ni fournir d’équipements de protection, sa responsabilité peut être engagée au titre de la faute inexcusable en cas d’accident de trajet.

L’assurance responsabilité civile professionnelle classique couvre-t-elle les trottinettes partagées ?

Non, en règle générale. Les contrats d’assurance RCP classiques excluent souvent les engins de déplacement personnel motorisés. Il est nécessaire de souscrire une extension spécifique pour les NVEI, couvrant notamment les dommages corporels et matériels causés à des tiers par un salarié utilisant un engin fourni ou financé par l’employeur.

Marc Delacroix, Directeur Administratif et Financier (DAF) de transition spécialisé dans l'optimisation des coûts de flotte automobile, avec 15 ans d'expérience en restructuration budgétaire. Expert en calcul de TCO et négociation de contrats de leasing pour les ETI et grands comptes.