maart 11, 2024

Justifier un 4×4 face au fisc n’est pas une question d’argumentation, mais de documentation technique prouvant qu’il est une nécessité opérationnelle et non un choix de confort.

  • La clé réside dans la constitution d’un dossier de justification technique (contraintes terrain, charge utile) avant même l’achat du véhicule.
  • Transformer un 4×4 en véhicule utilitaire (VU) 2 places est un levier majeur pour la récupération de la TVA et la déductibilité des charges.
  • L’arbitrage entre un pick-up et un fourgon 4×4 doit intégrer les évolutions récentes du malus au poids qui peuvent annuler les avantages fiscaux.

Recommandation : Commencez dès aujourd’hui à compiler les preuves techniques (photos géolocalisées des chantiers, fiches techniques comparatives) pour bâtir votre dossier de justification avant toute acquisition.

Le chantier est boueux, l’accès à la parcelle agricole est escarpé, le transport de matériel lourd en zone difficile est votre quotidien. Pour vous, chef d’entreprise dans le BTP ou l’agriculture, un 4×4 n’est pas un luxe, c’est un outil de travail indispensable. Pourtant, ce véhicule est souvent dans le collimateur de l’administration fiscale, perçu comme une dépense somptuaire déguisée. Vous êtes confronté à un dilemme : répondre à une nécessité opérationnelle impérieuse tout en redoutant le risque d’un redressement fiscal douloureux.

On vous parle de passer en “véhicule utilitaire”, de choisir un pick-up “exonéré de TVS”, ou de simplement “prouver le besoin”. Ces conseils génériques ignorent la complexité et la sévérité croissantes de la fiscalité automobile. Entre la requalification d’un véhicule, l’évolution constante du malus écologique et du malus au poids, et l’amortissement non déductible, naviguer à vue n’est plus une option. En tant qu’avocat fiscaliste, je constate que l’erreur la plus fréquente n’est pas le choix du véhicule, mais l’absence de préparation face à un contrôle.

Et si la clé n’était pas de trouver une “astuce” fiscale de dernière minute, mais de construire, en amont, un dossier de justification technique et opérationnel si solide que l’usage professionnel de votre 4×4 devient une évidence incontestable pour l’administration ? L’objectif n’est plus de se défendre, mais de présenter des faits documentés qui désamorcent toute tentative de requalification. Ce n’est plus un choix de confort, mais la seule solution technique viable, et vous pouvez le prouver.

Cet article vous guidera, étape par étape, pour bâtir cette argumentation irréfutable. Nous analyserons comment transformer un 4×4 en un véritable actif professionnel aux yeux du fisc, comment arbitrer les choix stratégiques et comment aligner votre flotte sur une politique d’entreprise (Car Policy) défendable, pour allier performance sur le terrain et sérénité fiscale.

Pourquoi un SUV urbain ne remplacera jamais un vrai franchisseur sur vos chantiers boueux ?

La première ligne de défense de votre dossier fiscal est la preuve par la technique. L’administration fiscale peut contester l’achat d’un 4×4 en arguant qu’un SUV, moins coûteux et moins polluant, aurait suffi. Votre mission est de démontrer que ce n’est pas le cas. Le débat ne porte pas sur le confort ou l’image, mais sur des capacités techniques non négociables. Un vrai franchisseur se distingue par une architecture spécifique : châssis échelle, garde au sol élevée, boîte de transfert avec gamme de vitesses courtes, et des angles d’attaque et de fuite permettant de franchir des obstacles que le meilleur des SUV ne pourrait aborder sans dommage.

Ces caractéristiques ne sont pas des gadgets, mais des prérequis de sécurité et d’efficacité sur vos terrains d’intervention. Face à une pente de 25%, un sol non stabilisé ou la nécessité de tracter une remorque de plus de deux tonnes, un SUV s’avère non seulement inefficace mais dangereux. Le choix d’un authentique 4×4 n’est donc pas une préférence, mais une nécessité opérationnelle impérieuse dictée par les contraintes de votre activité. Documenter cette inadéquation est la pierre angulaire de votre justification, d’autant que le coût total de possession (TCO) des flottes est en constante augmentation, rendant chaque choix de véhicule encore plus stratégique. En effet, le coût total de possession des véhicules d’entreprise a augmenté de 30% selon Arval Mobility Observatory, ce qui impose de choisir le véhicule le plus adapté pour éviter des surcoûts liés à une usure prématurée ou à des pannes.

Checklist de votre dossier de justification technique

  1. Documenter les contraintes terrain : Compilez des photos géolocalisées et datées des accès chantiers les plus difficiles, montrant clairement les pentes (supérieures à 20%), les sols non stabilisés (boue, rocaille) et les obstacles.
  2. Comparer la garde au sol : Établissez la garde au sol minimale requise pour vos chantiers (ex: >250mm) et mettez-la en parallèle avec les fiches techniques de SUV standards du marché, souvent inférieurs à 200mm.
  3. Justifier la charge utile : Listez le matériel et les équipements transportés, et démontrez que la charge utile nécessaire dépasse 1 tonne, une capacité que seuls les vrais utilitaires ou franchisseurs peuvent offrir.
  4. Calculer les angles d’accès : Mesurez ou documentez les angles d’attaque et de fuite requis pour accéder à vos sites (souvent >30°) et comparez-les aux capacités limitées des SUV.
  5. Compiler les preuves de risque : Rassemblez des rapports de sécurité internes, des témoignages d’employés ou même des articles de presse sectoriels sur les risques d’enlisement, d’accident ou de blocage liés à l’usage de véhicules inadaptés.

Ce dossier factuel et documenté transforme une opinion (“j’ai besoin d’un 4×4”) en une démonstration technique (“seul un véhicule avec ces spécifications peut opérer en sécurité et efficacement”). C’est votre argument le plus puissant.

Comment transformer un 4×4 en véhicule utilitaire 2 places pour récupérer la TVA ?

Une fois la nécessité technique du 4×4 établie, l’enjeu fiscal majeur devient la récupération de la TVA. Par principe, la TVA sur l’achat, l’entretien et le carburant d’un véhicule de tourisme (VP) n’est pas déductible. La solution la plus efficace pour contourner cette règle est de faire passer le véhicule de la catégorie VP à celle de véhicule utilitaire (VU). Cela passe par une transformation physique et une homologation officielle, le transformant en “dérivé VP” 2 places.

La transformation consiste à supprimer définitivement la banquette et les points d’ancrage des ceintures de sécurité à l’arrière. L’espace ainsi libéré est dédié exclusivement au transport de marchandises. Une grille de séparation ou une cloison doit être installée pour isoler la cabine de l’espace de chargement. Ce véhicule, une fois homologué par la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), obtient une carte grise avec la mention “VU” ou “CTTE” et un nombre de places assises réduit à deux. Dès lors, il est considéré fiscalement comme un utilitaire, ouvrant droit à la déduction de la TVA sur l’achat et les frais associés.

Intérieur de 4x4 montrant l'espace cargo aménagé sans sièges arrière avec grille de séparation

Comme le montre cette image, l’aménagement transforme radicalement l’usage du véhicule. Il ne s’agit plus d’un véhicule de transport de personnes, mais d’un véritable outil de travail dont l’espace est optimisé pour le matériel. L’intérêt fiscal est considérable, comme le prouve la comparaison des régimes de TVA.

Étude de cas : La transformation d’un VP en VU pour optimiser la fiscalité

Une entreprise du BTP fait l’acquisition d’un 4×4 de tourisme pour ses chefs de chantier. Sans modification, elle ne peut déduire aucune TVA. En optant pour une transformation en “dérivé VP” 2 places, le véhicule est reclassé en utilitaire. L’entreprise peut alors récupérer 100% de la TVA sur le prix d’achat, ainsi que sur les dépenses d’entretien et de réparation. Cette simple opération administrative et technique permet une économie immédiate de 20% sur l’investissement initial et sur les coûts de fonctionnement futurs, tout en renforçant la justification de son usage exclusivement professionnel.

Le tableau suivant, basé sur les règles générales, synthétise les avantages de cette transformation. Pour des détails précis, une analyse des régimes fiscaux par Bpifrance Création offre un excellent aperçu.

Déductibilité de la TVA selon le type de véhicule
Type de véhicule TVA sur achat TVA carburant TVA entretien
Véhicule de tourisme Non déductible 80% diesel/essence Non déductible
VU dérivé VP (2 places) Déductible 80% diesel/essence Déductible
Utilitaire d’origine Déductible 100% diesel, 80% essence Déductible

Pick-up ou fourgon 4×4 : lequel choisir pour transporter une équipe et du matériel sécurisé ?

L’arbitrage entre un pick-up et un fourgon 4×4 est une décision stratégique qui dépasse le simple aspect pratique. Pendant longtemps, le pick-up, notamment en version double cabine (4-5 places), a été la solution miracle : classé en catégorie N1 (utilitaire), il était exonéré de TVS (aujourd’hui remplacée par les taxes annuelles sur l’affectation des véhicules) et de malus écologique. Cet âge d’or est révolu. La législation s’est durcie, et le choix doit être mûrement réfléchi pour ne pas tomber dans un piège fiscal.

Le principal changement concerne les pick-up double cabine. S’ils disposent de 5 places ou plus, ils sont désormais soumis au malus écologique et au malus au poids comme les véhicules de tourisme. Depuis 2024, cet assujettissement est quasi systématique, car le seuil de déclenchement du malus au poids a été abaissé à 1 600 kg, un poids que la quasi-totalité des pick-up du marché dépasse allègrement. L’avantage fiscal historique a donc largement disparu pour ces versions. Le pick-up à cabine approfondie (avec des places arrière d’appoint) ou simple cabine reste, lui, généralement exonéré, mais au détriment du transport d’équipe.

Le fourgon 4×4, de son côté, est un utilitaire par nature. Il n’est pas soumis aux malus et permet la récupération de la TVA sans transformation. Il offre un espace de chargement sécurisé et à l’abri des intempéries, un avantage crucial pour du matériel sensible. Cependant, ses capacités de franchissement sont souvent inférieures à celles d’un pick-up basé sur un châssis de franchisseur. Votre arbitrage fiscal et opérationnel doit donc se baser sur une analyse fine de vos besoins réels :

  • Transport d’équipe : Si le transport de plus de 2-3 personnes est une priorité quotidienne, le fourgon 4×4 (en version cabine approfondie) ou le pick-up double cabine (en acceptant le malus) sont les seules options.
  • Nature du matériel : Le fourgon protège le matériel de valeur du vol et des intempéries. La benne du pick-up est idéale pour des matériaux sales, encombrants ou potentiellement dangereux (produits chimiques, etc.) qui ne doivent pas être dans l’habitacle.
  • Calcul du TCO (Coût Total de Possession) : Intégrez impérativement le coût des malus dans le calcul du TCO d’un pick-up double cabine. Sur 5 ans, ce surcoût peut rendre un fourgon 4×4, plus cher à l’achat, finalement plus économique.
  • Capacités de remorquage : Les pick-up offrent souvent des capacités de remorquage supérieures, un critère décisif si vous transportez des engins de chantier.

L’erreur de communication qui fait passer votre flotte de 4×4 pour un désastre écologique

Posséder une flotte de 4×4, même justifiée techniquement, expose l’entreprise à une critique sur son image environnementale. L’erreur serait d’ignorer cette perception et de ne pas communiquer sur les raisons de ce choix. En l’absence d’explication, l’opinion publique, vos clients, et même l’administration fiscale, peuvent assimiler votre outil de travail à un véhicule de loisir polluant. La stratégie n’est pas de nier l’impact, mais de le contextualiser et de démontrer une démarche d’optimisation.

La première étape est de dissocier clairement l’usage et l’image. Votre communication interne et externe doit marteler le message : ces véhicules ne sont pas des SUV de confort, mais des outils techniques choisis pour leur robustesse et leurs capacités uniques, là où aucune alternative moins impactante n’existe. Mettez en avant les preuves de votre dossier de justification : les photos de terrains impraticables, les contraintes de charge, les impératifs de sécurité.

La seconde étape, plus proactive, est d’intégrer des véhicules à plus faibles émissions dès que possible. La fiscalité évolue rapidement pour pénaliser les véhicules thermiques et encourager les motorisations alternatives. Même dans le monde des 4×4, des options hybrides rechargeables émergent. Bien que leur pertinence sur chantier puisse être discutée (poids, autonomie électrique limitée en conditions réelles), leur adoption pour des postes d’encadrement qui nécessitent des déplacements mixtes (chantier et route) peut être un signal fort. La fiscalité les favorise encore, même si les avantages tendent à se réduire.

Anticiper la fiscalité des hybrides rechargeables

À partir du 1er janvier 2025, la fiscalité des véhicules hybrides rechargeables va se durcir. L’exonération totale du malus au poids sera supprimée et remplacée par un simple abattement de 200 kg (plafonné à 15% de la masse). Cela signifie que même ces véhicules seront pénalisés s’ils sont trop lourds. Anticiper cette évolution est crucial. Intégrer aujourd’hui un hybride rechargeable reste avantageux, mais il faut déjà planifier la transition vers de futures technologies ou accepter une fiscalité plus lourde. Cette démarche d’anticipation, si elle est documentée, prouve votre gestion rigoureuse et responsable de votre flotte, un argument de poids face à un contrôleur.

En intégrant ces véhicules et en communiquant sur une stratégie de “verdissement” de la flotte là où c’est techniquement viable, vous transformez une faiblesse d’image en une preuve de gestion proactive et responsable. Vous montrez que vous ne subissez pas la fiscalité, mais que vous l’intégrez dans une stratégie à long terme.

Comment réduire les coûts de réparation des transmissions sur les véhicules de chantier ?

Au-delà de l’achat, le coût d’un 4×4 d’entreprise est lourdement impacté par son entretien, en particulier celui de la transmission (boîte de vitesses, boîte de transfert, différentiels), fortement sollicitée sur les chantiers. Réduire ces coûts passe par une maintenance préventive rigoureuse, mais aussi par une optimisation fiscale intelligente via l’amortissement. Cependant, pour un 4×4 thermique, la marge de manœuvre est faible. L’amortissement non déductible est une charge fiscale majeure qu’il faut anticiper.

L’amortissement d’un véhicule de tourisme (ou assimilé) n’est que partiellement déductible du résultat imposable. Le plafond de déductibilité dépend des émissions de CO2. La plupart des 4×4 et pick-up thermiques performants émettent bien plus de 160 g/km de CO2. Ils tombent donc dans la tranche la plus pénalisante, avec un plafond de déductibilité fixé à seulement 9 900 €. Si vous achetez un véhicule 50 000 €, vous ne pourrez amortir et donc déduire de vos impôts que 9 900 € sur la durée de vie du véhicule. Les 40 100 € restants devront être réintégrés fiscalement, ce qui représente un surcoût d’impôt sur les sociétés considérable.

Vue macro détaillée d'un différentiel de 4x4 avec traces d'usure visibles et outils de maintenance

Sur le plan opérationnel, la complexité mécanique de la transmission, comme illustrée ci-dessus, exige un suivi méticuleux pour éviter des pannes coûteuses. Une vidange de boîte de transfert ou de différentiel oubliée peut entraîner une casse dont la réparation se chiffre en milliers d’euros. Il est donc crucial d’établir un plan de maintenance préventive plus strict que les préconisations constructeur, adapté aux conditions sévères d’utilisation sur chantier. Ce plan (fréquence des vidanges, inspections régulières) fait partie intégrante de la gestion des coûts et doit être documenté.

Le tableau suivant, issu des données fiscales en vigueur, met en lumière l’importance cruciale des émissions de CO2 dans le calcul de la charge fiscale réelle d’un véhicule. Une analyse détaillée de ces plafonds est disponible sur des portails spécialisés, comme le confirme cette synthèse sur la fiscalité des véhicules de tourisme.

Plafonds de déductibilité des amortissements selon les émissions CO2 (WLTP)
Émissions CO2 (WLTP) Plafond déductible 2024 Plafond déductible 2025
< 20 g/km 30 000 € 30 000 €
20-49 g/km 20 300 € 20 300 €
50-160 g/km 18 300 € 18 300 €
> 160 g/km 9 900 € 9 900 €

Casco complète ou partielle : à partir de quel âge du véhicule faut-il réduire la couverture ?

La question de l’assurance d’un 4×4 de chantier ne se résume pas à un simple arbitrage de coût entre une couverture “tous risques” (casco complète) et une couverture au tiers. Dans le cadre de votre dossier de justification fiscale, le contrat d’assurance lui-même devient une pièce à conviction. Le choix des garanties et la manière dont le véhicule est déclaré à l’assureur peuvent renforcer ou affaiblir la preuve de son usage exclusivement professionnel.

Premièrement, les primes d’assurance, y compris celles pour une couverture tous risques, constituent des charges entièrement déductibles du résultat imposable de l’entreprise. Il n’y a donc pas, d’un point de vue purement fiscal, d’incitation à réduire la couverture. Au contraire, une couverture complète est souvent justifiée. Un 4×4 de chantier, même âgé de plusieurs années et donc avec une valeur vénale (valeur de marché) en baisse, conserve une valeur d’usage critique pour l’entreprise. Son indisponibilité suite à un sinistre peut paralyser une partie de l’activité, ce qui justifie le maintien d’une garantie “tous risques” plus longtemps qu’pour un véhicule de tourisme classique.

Deuxièmement, et c’est un point capital, les clauses de votre contrat d’assurance doivent refléter l’usage réel. Assurez-vous que le contrat stipule explicitement un “usage professionnel sur chantiers et voies non carrossables”. De même, des garanties spécifiques comme la “garantie du matériel professionnel transporté” sont des preuves irréfutables que le véhicule est un outil de travail. En cas de contrôle, présenter un contrat d’assurance avec de telles clauses démontre que vous avez été transparent sur l’usage intensif et spécifique du véhicule, ce qui légitime ses caractéristiques de franchisseur. À l’inverse, un contrat standard sans ces mentions pourrait être interprété comme le signe d’un usage moins “professionnel” qu’annoncé.

La décision de passer d’une casco complète à une couverture partielle ne doit donc pas se baser uniquement sur l’âge du véhicule ou sa valeur nette comptable (qui peut être nulle après quelques années d’amortissement). Elle doit résulter d’une analyse risque/coût prenant en compte la criticité du véhicule pour votre activité et l’impact d’une immobilisation prolongée. Tant que le véhicule est essentiel, une couverture maximale reste souvent le choix le plus prudent et le plus cohérent fiscalement.

Comment réduire l’imposition de vos salariés grâce aux véhicules à faible émission (faible ATN) ?

Lorsqu’un véhicule de société est mis à la disposition d’un salarié pour un usage mixte (professionnel et personnel), cet usage privé constitue un avantage en nature (ATN). Cet ATN est soumis à cotisations sociales pour l’entreprise et à l’impôt sur le revenu pour le salarié. Optimiser la fiscalité de votre flotte passe donc aussi par la maîtrise de cet ATN, en particulier pour les véhicules des cadres ou chefs de chantier qui en bénéficient.

Le calcul de l’ATN peut se faire au réel ou au forfait. Le plus souvent, le forfait est retenu : il est basé sur un pourcentage du coût d’achat du véhicule. Plus le véhicule est cher, plus l’ATN est élevé. Pour les 4×4, dont le prix d’achat est conséquent, l’ATN peut rapidement représenter une charge importante pour le salarié et l’entreprise. La stratégie consiste donc à s’orienter, lorsque c’est possible, vers des motorisations qui bénéficient d’abattements fiscaux.

Les véhicules électriques et hybrides rechargeables sont les grands gagnants de ce dispositif. Pour un véhicule 100% électrique, un abattement de 50% est appliqué sur le montant de l’ATN, dans la limite de 1 800 € par an. Les frais d’électricité payés par l’employeur pour la recharge ne sont pas intégrés dans le calcul. Pour les véhicules hybrides rechargeables, la situation est similaire : l’abattement de 50% sur l’avantage en nature est plafonné à 1 800 € par an, à condition que le véhicule émette moins de 50g/km de CO2 et que son autonomie électrique dépasse 50 km. Choisir un 4×4 hybride rechargeable pour un collaborateur peut donc diviser par deux l’impact fiscal et social de l’ATN, rendant le package de rémunération plus attractif sans coût supplémentaire pour l’entreprise.

Cette optimisation est un argument de plus pour intégrer progressivement des motorisations alternatives dans votre flotte, en particulier pour les véhicules qui ne sont pas exclusivement cantonnés aux tâches les plus rudes. C’est un levier de motivation pour les salariés et une démonstration de votre gestion fiscale et sociale avisée. Notez qu’une évolution réglementaire à partir de 2025 permettra même de récupérer la TVA sur un véhicule de tourisme si le salarié verse une participation financière, ouvrant de nouvelles pistes d’optimisation.

À retenir

  • La justification fiscale d’un 4×4 repose sur un dossier technique (photos, fiches techniques) prouvant la nécessité opérationnelle, et non sur de simples déclarations.
  • La transformation en véhicule utilitaire (VU) 2 places est le levier le plus puissant pour récupérer la TVA sur l’achat et l’entretien, rendant le véhicule fiscalement vertueux.
  • La fiscalité des pick-up double cabine s’est durcie (malus au poids), rendant l’arbitrage avec un fourgon 4×4 ou un 4×4 hybride rechargeable indispensable pour maîtriser le coût total.

Quelle catégorie de véhicule attribuer à chaque niveau hiérarchique pour garantir l’équité ?

La dernière pierre à l’édifice de votre stratégie est la formalisation d’une “Car Policy”, ou politique de véhicules d’entreprise. Ce document interne est votre meilleur allié en cas de contrôle fiscal. Il établit des règles claires, objectives et non discriminatoires pour l’attribution des véhicules en fonction des niveaux hiérarchiques et, surtout, des besoins réels des fonctions. Une Car Policy bien rédigée démontre que votre flotte n’est pas gérée de manière arbitraire, mais selon une logique économique et opérationnelle rigoureuse.

Pour être défendable fiscalement, votre Car Policy doit lier l’attribution d’un véhicule, et notamment d’un 4×4, à des critères objectifs. L’objectif est de prouver que le choix d’un véhicule plus coûteux ou plus performant n’est pas un avantage lié au statut, mais une réponse à une contrainte métier. Les éléments clés à intégrer sont :

  • Critères basés sur la fonction : Définissez les besoins par poste. Par exemple : un conducteur de travaux aura besoin d’un véhicule avec 4 roues motrices et une charge utile élevée ; un commercial terrain aura besoin d’un véhicule avec un kilométrage annuel élevé et de faibles émissions pour maîtriser le TCO ; un dirigeant pourra avoir un véhicule de fonction dont l’ATN sera optimisé.
  • Plafonds d’émissions de CO2 : Fixez des seuils de CO2 maximum par catégorie de véhicule ou de fonction. Cela démontre votre engagement à maîtriser l’impact environnemental et fiscal de votre flotte.
  • Justification des exceptions : Prévoyez des clauses pour les cas particuliers (nécessité de transporter une famille nombreuse pour un salarié, handicap, zone géographique particulièrement difficile d’accès) afin de montrer que chaque décision est réfléchie.

Ce document structure votre démarche et sert de référence pour toutes vos décisions d’investissement. Il transforme des choix individuels en une stratégie d’entreprise cohérente. Comme le souligne Chloé Monthieu, consultante experte en mobilité, la tendance est claire et doit guider votre politique.

Le volet fiscal va certainement favoriser des véhicules plus écologiques et électrifiés

– Chloé Monthieu, Consultante experte véhicules & mobilité, cabinet EPSA

Intégrer cette vision dans votre Car Policy, en favorisant les motorisations alternatives dès que l’usage le permet, est la meilleure preuve de votre bonne foi et de votre gestion rigoureuse. C’est l’argument final qui convaincra un contrôleur du sérieux de votre démarche.

Pour sécuriser vos décisions et transformer une potentielle source de risque fiscal en un atout opérationnel optimisé, l’élaboration d’une Car Policy sur mesure et la constitution rigoureuse d’un dossier de justification sont vos prochaines étapes stratégiques.

Questions fréquentes sur l’usage professionnel des véhicules tout-terrain

Les primes d’assurance tous risques sont-elles déductibles fiscalement ?

Oui, les primes d’assurance constituent des charges déductibles du résultat imposable, y compris pour les garanties étendues comme la valeur à neuf ou valeur majorée. Maintenir une couverture maximale sur un véhicule d’usage critique est donc une décision financièrement et fiscalement cohérente.

Comment l’assurance prouve l’usage professionnel du véhicule ?

Les clauses spécifiques de votre contrat sont des preuves tangibles. Des mentions comme “usage sur chantiers et voies non carrossables” ou une “garantie bris de matériel professionnel transporté” attestent de manière irréfutable de l’affectation professionnelle du véhicule et justifient ses caractéristiques techniques.

Quelle est la différence entre valeur vénale et valeur nette comptable pour l’assurance ?

La valeur vénale est la base de remboursement de l’assureur en cas de sinistre total ; elle correspond à la valeur du véhicule sur le marché de l’occasion. La valeur nette comptable est la valeur fiscale après déduction des amortissements. Un véhicule peut être totalement amorti (VNC de 0 €) mais conserver une valeur d’usage et une valeur vénale élevées, justifiant le maintien d’une assurance complète.

Yasmine Belkacem, Consultante en Ressources Humaines et Psychologue du Travail, spécialisée dans la mobilité durable et la marque employeur. Experte en conduite du changement et mise en place du Forfait Mobilités Durables (FMD) depuis 8 ans.