Vue aérienne d'un parking d'entreprise avec différentes catégories de véhicules alignés, illustrant l'équité dans l'attribution des voitures de société
oktober 24, 2024

L’équité ne se mesure plus aux chevaux-vapeur, mais à la cohérence entre la fiscalité (TCO/ATN) et l’usage réel (profil de mission).

  • Le SUV est devenu le standard incontournable, remplaçant la berline par défaut.
  • La fiscalité belge de 2026 impose une transition radicale vers l’électrique pour éviter l’explosion des coûts.

Recommandation : Abandonnez les grilles basées uniquement sur le grade pour adopter une approche “Budget Mobilité” flexible, valorisant l’accès à la technologie plutôt que la propriété du véhicule.

Le casse-tête de la “Car Policy” est bien connu de tout DRH : comment satisfaire l’ego des directeurs, les besoins pratiques des commerciaux et les revendications des jeunes talents, le tout sans faire exploser le budget ? La traditionnelle grille Excel, où le grade détermine la taille du moteur, est aujourd’hui obsolète. Elle génère souvent plus de frustration et de jalousies inter-services que de motivation réelle. On pense souvent qu’il suffit d’ajouter des options pour calmer les esprits, mais c’est une erreur coûteuse.

Les platitudes habituelles conseillent de “rester à l’écoute” ou de “suivre les tendances du marché”. C’est insuffisant. Pour construire une grille véritablement équitable et pérenne, il faut changer de paradigme : ne plus attribuer un véhicule pour ce qu’il représente (le statut), mais pour ce qu’il permet (l’usage) et ce qu’il coûte réellement après fiscalité. L’équité moderne, c’est l’alignement parfait entre la mission du collaborateur et la réalité économique de l’entreprise, notamment face aux échéances fiscales de 2026.

Dans cette analyse, nous allons déconstruire les anciens modèles pour rebâtir une stratégie de mobilité cohérente, du choix du SUV à la gestion fine de l’ATN.

Nous allons explorer ensemble les huit piliers fondamentaux pour transformer votre politique de flotte en un levier de performance RH et financière, adapté aux nouvelles réalités du marché.

Pourquoi le SUV est-il devenu le standard incontournable malgré une consommation supérieure ?

Il y a dix ans, la berline tricorps était le symbole absolu du cadre supérieur. Aujourd’hui, l’imposer à vos collaborateurs serait perçu comme une punition. Le SUV a totalement éclipsé les segments traditionnels pour devenir la norme, non pas par caprice, mais par une mutation profonde des usages et de l’offre constructeur. Ce changement structurel s’explique par la polyvalence recherchée : le véhicule de fonction est devenu le véhicule principal du foyer, devant tout faire, du rendez-vous client au départ en vacances.

L’illustration suivante met en lumière cette omniprésence du SUV comme marqueur de statut moderne, remplaçant les codes du luxe d’hier.

Gros plan sur une clé de voiture de type SUV posée sur une surface en cuir, symbolisant le statut et l'équité dans les voitures de société

Comme le suggère cette image, le design et la perception de robustesse priment désormais. Les chiffres confirment cette hégémonie : en Belgique, les SUV représentent désormais 49,4 % de parts de marché, une domination qui s’est accélérée de manière spectaculaire en une décennie. Selon les données de la Febiac relayées par La Libre Belgique, on est passé de 73 187 unités à 180 754 SUV vendus en dix ans. Ignorer cette réalité dans votre grille, c’est se couper des attentes de près de la moitié de vos bénéficiaires potentiels.

Le SUV n’est donc plus une option “plaisir”, mais le cœur de gamme de toute politique automobile crédible.

Fourgonnette ou grand volume : comment dimensionner vos utilitaires pour éviter de transporter de l’air ?

Si le SUV domine chez les cadres, le dimensionnement des utilitaires reste un gouffre financier pour de nombreuses entreprises techniques. L’erreur classique est de standardiser la flotte sur le “pire scénario” (le jour où l’on doit transporter une palette exceptionnelle), ce qui conduit à faire rouler des véhicules à moitié vides 90 % du temps. Cette sur-qualité coûte cher en carburant, en assurance et en image écologique.

Une étude de Bruxelles Environnement souligne d’ailleurs une dérive inquiétante : on observe +17 % d’augmentation de la masse des véhicules de société en dix ans. Pour contrer cette tendance à l’embonpoint inutile, il faut passer d’une logique d’attribution par métier à une logique de mission réelle.

Protocole de dimensionnement : audit de la flotte utilitaire

  1. Points de contact : Analyser via la télématique les charges réelles et les trajets sur 3 mois.
  2. Collecte : Définir 3 à 4 profils de mission (urbain, longue distance, charge lourde) basés sur la data.
  3. Cohérence : Attribuer le gabarit strict nécessaire (privilégier la fourgonnette) par profil.
  4. Mémorabilité/émotion : Créer un budget “équipement modulable” (galerie, attelage) pour gérer les pics d’activité.
  5. Plan d’intégration : Réviser trimestriellement les écarts entre le véhicule attribué et l’usage réel.

En appliquant cette rigueur, vous transformez une flotte subie en un outil de travail optimisé, réduisant drastiquement votre empreinte carbone et vos coûts opérationnels.

L’utilitaire ne doit plus être un fourre-tout, mais un outil de précision ajusté au millimètre.

Luxe ou Technologie : quels critères valorisent vraiment les dirigeants aujourd’hui ?

Au sommet de la pyramide, les codes ont changé. Le dirigeant ne cherche plus forcément le cuir le plus épais ou le moteur le plus bruyant. L’arrivée de Tesla et des marques premium électriques a déplacé le curseur du prestige vers la technologie embarquée et la responsabilité sociétale (RSE). Proposer une grosse cylindrée thermique peut aujourd’hui être perçu comme un cadeau empoisonné fiscalement et socialement dépassé.

Il est crucial de comprendre que la “valeur perçue” se joue désormais sur la connectivité et la sérénité du “bureau mobile”. D’ailleurs, les chiffres ne trompent pas : 32,8 % de parts de marché sont désormais détenues par l’électrique pur, preuve d’un basculement rapide des préférences au sommet.

Le tableau ci-dessous compare ces deux visions du luxe pour vous aider à arbitrer votre “Top Management”.

Cette comparaison met en évidence le fossé entre les deux mondes, comme le montre une analyse des tendances 2025.

Double grille Statut pour dirigeants : Luxe Traditionnel vs Luxe Technologique
Critère Luxe Traditionnel (Premium Allemand) Luxe Technologique (EV Pure-Player)
Archétype de marque BMW Série 5 / Mercedes Classe E / Audi A6 Tesla Model S / Polestar 2 / BMW iX
Valeur perçue dominante Prestige historique, finition, puissance moteur Innovation, minimalisme, image RSE
ATN estimé (Belgique 2025) Élevé (coefficient CO₂ entre 7 % et 12 %) Minimal (coefficient CO₂ fixe à 4 %)
Bureau Mobile (silence / connectivité) Bon (insonorisation premium, Apple CarPlay/Android Auto) Excellent (silence natif EV, mises à jour OTA, connectivité intégrée)
Valeur Temps (recharge vs plein) 5 min au plein, autonomie illimitée 20-30 min en charge rapide, planification d’itinéraire intelligente
Déductibilité fiscale (2026+) 0 % pour les nouvelles commandes dès 2026 100 % (dégressif selon calendrier légal)
Signal RSE envoyé Faible à neutre Fort — aligné avec les engagements ESG

Le choix n’est plus entre deux marques, mais entre deux philosophies de management.

L’erreur de rétrograder un commercial de catégorie qui demotive plus qu’une baisse de salaire

Toucher au véhicule de fonction est souvent plus sensible que de toucher au salaire fixe. C’est un marqueur social visible de tous : clients, voisins, collègues. Lorsqu’un commercial change de poste ou que la grille est révisée à la baisse, la perte de statut automobile est vécue comme une humiliation publique. Pourtant, le parc ne cesse de croître : on note +130 % d’augmentation du nombre de voitures de société en Belgique depuis 2007, rendant la gestion de ces “acquis” d’autant plus critique.

Pour gérer ces transitions sans briser la motivation, il faut de la psychologie et des mécanismes de “sas”. L’image ci-dessous illustre cette tension palpable lors de la remise des clés, moment de vérité de la relation employeur-employé.

Main tendant une clé de voiture au-dessus d'un bureau vide, illustrant la tension émotionnelle d'un changement de catégorie de véhicule de fonction

Plutôt que d’imposer une rétrogradation brutale, envisagez des alternatives. Les mécanismes contractuels basés sur la performance permettent d’objectiver la catégorie. Si les résultats ne sont pas là, la baisse de gamme devient une conséquence logique et connue d’avance, et non une sanction arbitraire du DRH. La création de paliers temporaires ou de “bonus véhicule” sur 12 mois peut aussi transformer une contrainte en levier de motivation.

Une politique de flotte réussie est celle qui sait gérer la décroissance aussi bien que l’évolution.

Comment créer une catégorie “Véhicule Partagé” attractive pour ceux qui renoncent à la voiture individuelle ?

Tous vos collaborateurs ne veulent plus d’une voiture attitrée. Les jeunes urbains, en particulier, voient parfois le véhicule de fonction comme une charge (stationnement, embouteillages) plutôt que comme un avantage. Pour eux, l’équité consiste à proposer une alternative de valeur équivalente : c’est là qu’intervient le véhicule partagé ou le crédit mobilité. L’enjeu est de ne pas faire passer cette option pour le “choix du pauvre”.

Le budget mobilité belge : levier d’attractivité

En Belgique, le cadre légal du budget mobilité permet d’échanger la voiture contre un budget flexible (loyer, train, vélo). En 2023, le montant médian atteignait 7 800 €. Ce dispositif séduit massivement les 25-35 ans, prouvant que le renoncement à la voiture individuelle, lorsqu’il est compensé par du pouvoir d’achat net ou du logement, devient un atout concurrentiel majeur pour l’employeur.

Pour que cette catégorie “Partagée” fonctionne, elle doit être premium. Mettez à disposition un pool de véhicules électriques haut de gamme pour les besoins ponctuels (week-ends, rendez-vous lointains) et financez généreusement les abonnements de transport. L’idée est de vendre de la “liberté de mouvement” plutôt que de la tôle.

Le véhicule partagé ne remplace pas la voiture de fonction, il la complète pour une frange grandissante de vos talents.

Quelle voiture de fonction 7 places choisir pour concilier image pro et vie de famille ?

C’est l’éternel dilemme du cadre avec trois enfants ou plus : comment concilier l’image dynamique exigée par l’entreprise avec la logistique d’une famille nombreuse ? Le monospace a quasiment disparu des catalogues “sexy”, remplacé par des SUV 7 places ou des vans de luxe. Pour l’entreprise, le risque est de financer un “minibus” dont l’usage professionnel est discutable. Pourtant, refuser ce besoin, c’est risquer de perdre un collaborateur clé.

Le tableau suivant vous aide à naviguer entre les différentes options 7 places pour trouver le juste milieu entre coût, image et praticité.

Ce comparatif structure les options disponibles sur le marché, comme le détaille une analyse des flottes belges.

Véhicules 7 places adaptés à une car policy : SUV vs Break Premium vs Monospace de luxe
Critère SUV 7 places (ex: BMW iX1 / Volvo EX90) Grand Break Premium (ex: Mercedes Classe E Break) Monospace de luxe (ex: Mercedes Classe V)
Image projetée Dynamique, familial moderne, statutaire Raffiné, discret, praticité élégante Professionnel, polyvalent, confort maximal
Volume de coffre Moyen à bon (500-700 L en 5 places) Excellent (600-1 800 L modulable) Exceptionnel (1 000+ L)
Confort 3ᵉ rangée Limité (enfants uniquement) Non applicable (5 places) Excellent (adultes à l’aise)
Motorisation électrique disponible Oui (gamme en expansion) Oui (EQE / EQS break attendu) Oui (EQV)
ATN (100 % électrique) Minimal (4 % fixe) Minimal (4 % fixe) Minimal (4 % fixe)
Pertinence car policy Standard — facile à intégrer dans la grille existante Alternative élégante pour cadres sup. avec option famille Idéal cadres dirigeants ou usage mixte pro/famille

Il est crucial d’anticiper ces besoins familiaux pour maintenir l’attractivité de la grille, comme analysé dans notre comparatif des 7 places.

Intégrer intelligemment ces véhicules permet de fidéliser des profils seniors souvent difficiles à recruter.

Comment réduire l’imposition de vos salariés grâce aux véhicules à faible émission (faible ATN) ?

L’Avantage Toute Nature (ATN) est la clé de voûte de l’équité financière. En Belgique, c’est le montant sur lequel le travailleur est imposé pour l’usage privé de son véhicule. Offrir une voiture thermique coûteuse génère un ATN explosif qui grève le salaire net du collaborateur. À l’inverse, l’électrification permet d’offrir un véhicule plus cher à l’achat (catalogue), mais qui coûtera deux à trois fois moins cher en impôts au salarié chaque mois.

Le levier est fiscal : dès 2026, la Belgique appliquera 0 % de déductibilité fiscale pour les véhicules thermiques neufs. Pour le salarié, l’impact sur sa fiche de paie est tout aussi violent s’il reste au thermique.

Le tableau ci-dessous démontre mathématiquement pourquoi le passage à l’électrique est la seule option pour préserver le pouvoir d’achat de vos équipes.

Les données suivantes, basées sur une projection de l’ATN 2025, illustrent cet écart.

Comparaison ATN 2025 en Belgique : véhicule thermique essence vs véhicule 100 % électrique
Paramètre Véhicule essence (120 g/km CO₂) Véhicule 100 % électrique (0 g/km)
Valeur catalogue (exemple) 35 000 € 45 000 €
Coefficient CO₂ 5,5 % + ((120 − 71) × 0,1 %) = 10,4 % 4 % (forfait minimum)
Formule ATN annuel 35 000 × 10,4 % × 6/7 × 1,00 45 000 × 4 % × 6/7 × 1,00
ATN annuel brut ≈ 3 120 € ≈ 1 543 €
Écart d’imposition L’ATN du thermique est environ 2× supérieur à celui de l’électrique, malgré un prix catalogue 10 000 € inférieur
Déductibilité fiscale (2026+) 0 % pour toute nouvelle commande 100 % (dégressif selon calendrier)
Évolution tendancielle ATN Hausse de 5 à 8 % par an (baisse des références CO₂) Stable — 0 % d’augmentation

Une bonne politique RH aujourd’hui est avant tout une bonne politique fiscale.

L’essentiel à retenir pour votre grille

  • Le SUV est le nouveau standard, pas un luxe superflu.
  • La fiscalité 2026 (ATN et déductibilité) rend le thermique insoutenable financièrement.
  • L’équité passe par l’usage (profil de mission) et non plus par le seul grade.

Comment transformer votre “politique auto” en “stratégie de mobilité” pour attirer les talents ?

Nous arrivons au bout de la logique : la voiture n’est plus une fin en soi, mais une composante d’une stratégie globale. Pour attirer les meilleurs talents, votre grille ne doit plus être une liste de véhicules interdits ou autorisés, mais un menu de mobilité flexible. La transformation imposée par la loi (budget mobilité obligatoire en Belgique pour certaines entreprises) est en réalité une opportunité en or pour moderniser votre marque employeur.

L’objectif est de passer d’un “cost-killer” qui gère des cartes essence à un “Mobility Manager” qui pilote des KPI de satisfaction et d’empreinte carbone. C’est ce changement de posture qui vous permettra de désamorcer les conflits d’équité : quand chacun a le choix entre la voiture, le cash ou le train, la jalousie envers le véhicule du voisin perd tout son sens.

Lancez dès maintenant l’audit de votre flotte pour préparer votre transition 2026 et transformer cette contrainte légale en avantage compétitif.

Yasmine Belkacem, Consultante en Ressources Humaines et Psychologue du Travail, spécialisée dans la mobilité durable et la marque employeur. Experte en conduite du changement et mise en place du Forfait Mobilités Durables (FMD) depuis 8 ans.